Avant-Propos:

Nous sommes quelques-uns à penser que toutes les dérives : littéralisme, salafisme, dogmatisme, extrémismes… se réclamant de l’Islam n’ont aucune occurrence dans le Coran. Elles sont principalement dues aux ajouts pervers, réceptacles des projections de leurs auteurs, allant d’une libido désaxée à une insatiable soif du pouvoir, en passant par tous les complexes tant d’infériorité que de supériorité, possibles et imaginables, sous couvert de propos (Hadiths) et traditions du prophète (Sunna) « rapportés » par on ne sait qui, d’on ne sait où, ni quand, ni comment… Cette piste de recherche, désormais identifié par le nom « Coranisme », et défraichie par notre Maître le Professeur Talbi, est en train d’être mieux explorée par bon nombre d’universitaires, chercheurs et intellectuels tunisiens. Les produits de leurs efforts nous éclairent de plus en plus sur les diverses péripéties de l’imposture commise par les « muhaddithûns » les « fuqahâ' » et les « mutakallimûn ». Nous arrivons à mieux faire le partage entre ce qui relève proprement de la Révélation, en son essence coranique, des divers dévoiements ultérieurs. Il n’est donc pas absolument nécessaire de jeter le bébé (l’Islam) avec l’eau du bain (les illégitimes ajouts postérieurs) sous prétexte que le ver est dans le fruit. On ne crache pas sur quinze siècles de culture en prétextant des formules aussi lapidaires que « le ver est dans le fruit ». Cela dépend de quel ver il s’agit et de quel fruit. Une réforme de la pensée islamique est, certes, rendue, aujourd’hui, nécessaire, ne serait-ce qu’en réparation de l’usure du temps, mais cette nécessité autoriserait-elle un total haro sur l’Islam ?

Nullement. La réforme de la pensée islamique est, en effet, rendue indispensable, nonobstant la pertinence des succédanées praxologiques, voire même axiologiques, du topos (topoï serait peut-être plus approprié?) religieux sous nos cieux, par l’impératif épistémologique. On exposera dans le détail tout l’avantage théorique que pourrait tirer l’islamologie contemporaine des concepts logiques de saturation, supra-cohérence et complétude appliqués au domaine de la pensée islamique en son actuel stade. Il nous importe pour l’heure d’affirmer que tout réforme nécessitant au préalable une déconstruction, nous aurons à procéder à une analyse critique des outils épistémiques mis à contribution pour la compréhension du Livre Sacré, les Propos (Ahadîth) et Tradition du Prophète (Sunnah) notamment. Ce faisant, notre démarche ne sera nullement négative, visant à invalider le crédo islamique, mais totalement positive, en fixant les conditions d’une meilleure compréhension du Message divin, en l’épurant des vicissitudes de la petite histoire, celle des grands hommes.

Il s’agit effectivement d’une refonte totale de la pensée islamique et celle-ci nécessiterait un effort pluridisciplinaire préconisé par tous les islamologues contemporains et à leur tête Mohamed Arkoun. Un autre être-en-soi et un autre-être-pour-autrui de l’Islam, en somme. Il ne s’agira plus pour nous d’appeler à une réouverture de la porte de l’ijtihâd, comme ce fut le cas pour l’école des réformateurs islamiques des 19ème et 20ème siècles, mais de remettre en question la notion même d’ijtihâd, du fait de la remise en question du topos « loi islamique », rendue elle-même possible par le projet alternatif de l’islam coranique, abstraction faite non seulement du Hadîth (Propos du Prophète) et de la Sunna (Tradition du Prophète), mais aussi, et surtout, de la vocation réglementaire civile de la Sharî’a (Loi islamique). La Réforme de l’islamisme ainsi entendue pourrait être mise en parallèle avec l’approche luthérienne qui avait déconstruit le dictat exercé par l’Eglise sur le catholicisme en occident. Unique nuance : la chose sera théoriquement plus aisée s’agissant de l’Islam, les instances de « commandement religieux » -si j’ose dire-, y étant superfétatoires du fait que l’Islam n’agrée aucun magistère; Pratiquement, et compte tenu des intérêts mis en jeu, ces refontes ne seront pas aussi faciles… Elles n’en seront, cependant, pas moins indispensables.

Chapitre I : Réforme de la pensée religieuse en Islam et « vivification des sciences religieuses »