N’ayant rien à dire, préciser ou bien commenter à ce qu’avait fort magistralement démontré, et non point pressenti comme le prétendraient d’aucun, je me contenterai de reproduire in extenso un texte admirable de lucidité et, de ce fait admirablement prospectif, d’André Malraux, propos tenus voici plus de soixante ans, en 1956 pour être plus précis. Un descriptif grandeur nature de l’histoire de nos peuples couvrant plus d’un demi-siècle avec force détails :

– L’évolution de nos régimes politiques, fraîchement émancipés par leur indépendance de la tutelle impériale française, vers une reddition face à l’hégémonie impérialiste ou bien une régression vers la dictature, a été savamment démontrée par le philosophe français.

– L’irrémédiable montée de l’intégrisme islamiste a été non moins brillamment démontrée par Malraux. Son assise populaire parmi les modestes gens remarquablement identifiée. Les mécanismes de son inévitable mainmise sur la plèbe minutieusement démantelés.

– L’identification du niveau de faillite au traitement du fléau islamiste. Pareille entreprise ne pouvant être menée par le seul Etat colonial, il incombait aux élites intellectuelles et autres acteurs sociaux-économique de la société civile de s’opposer au Léviathan intégriste. Ce rendez-vous avec l’Histoire ayant été raté, l’on ne saurait annuler l’effet dévastateur de la nébuleuse islamiste, l’on devrait, en désespoir de cause, en retarder la calamiteuse survenue, finit par concéder Malraux à l’implacable jugement de l’Histoire.

Permettez-moi, chers lecteurs, compte tenu de la nature exceptionnelle du texte, de reproduire, in extenso la magistrale démonstration du philosophe André Malraux :

Les données actuelles du problème portent à croire que des formes variées de dictature musulmane vont s’établir successivement à travers le monde arabe.

 

Quand je dis « musulmane », je pense moins aux structures religieuses qu’aux structures temporelles découlant de la doctrine de Mahomet. Dès maintenant, le sultan du Maroc est dépassé et Bourguiba ne conservera le pouvoir qu’en devenant une sorte de dictateur. Peut-être des solutions partielles auraient-elles suffi à endiguer le courant de l’islam, si elles avaient été appliquées à temps. Actuellement, il est trop tard !

 

Les « misérables » ont d’ailleurs peu à perdre. Ils préféreront conserver leur misère à l’intérieur d’une communauté musulmane. Leur sort sans doute restera inchangé. Nous avons d’eux une conception trop occidentale. Aux bienfaits que nous prétendons pouvoir leur apporter, ils préféreront l’avenir de leur race.

 

L’Afrique noire ne restera pas longtemps insensible à ce processus. Tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre conscience de la gravité du phénomène et tenter d’en retarder l’évolution. »

André Malraux, le 3 juin 1956*

* Source : Valeurs Actuelles n° 3395 paru le 21 Décembre 2001- Dossier : Un siècle religieux