Les derniers jours de Muhammad... Un livre en souffrance de débat à la mesure de l'oeuvre

Par Jomaâ Assâad

 

Voici près d’un mois, nous avons publié, ailleurs[1], un article intitulé : «Mademoiselle Héla Ouardi, ne serait-il pas temps de nous annoncer le véritable nom de l’auteur des Derniers jours de Mohammed ? ». Nous y avions, sommairement, c’est-à-dire uniquement pour les besoins de l’argumentation,  exposé les principaux motifs du peu de crédit accordé au fait qu’elle en ait été la véritable auteure. En fait, nous aurions pu y adjoindre d’autres griefs tout aussi pertinents.

A la lecture du livre-référence publié sous le nom de Héla Ouardi, nous sommes parvenus à dresser un profil-type de l’auteur présumé des  Dernier jours de Muhammad.

Nous vous en livrons ci-après les principales caractéristiques :

– Le genre littéraire (roman historique)  dans lequel s’inscrit l’ouvrage est, à ce point maîtrisé par l’auteur qu’il doit nécessairement lui appartenir en propre. En d’autre termes, l’écrivain de cette œuvre n’en est pas à son coup d’essai.

– Les spécificités méthodologiques caractérisant l’ouvrage ne sont pas le fruit du hasard, mais mûrement réfléchies, elles doivent trouver leurs occurrences sinon dans les options idéologiques, voire même philosophiques, de l’auteur, du moins dans sa biographie (d’éventuelles représailles contre sa personnes ne sauraient être totalement exclues).

– Il ressort de toute lecture attentive du livre, que :

* Celui-ci procède d’une spécialité pointue de l’auteur : islamologique, certes, mais axée autour de l’histoire religieuse aussi, et, principalement centrée sur la première ère de l’Islam, avec un intérêt tout particulier pour la période Muhammadienne.

* L’interprétation de certains documents et faits historique n’aurait pas été rendue possible pour l’auteur sans :

– Une exhaustive documentation en matière de littérature shi’îte

– Une parfaite maîtrise des religions comparées

– Une remarquable érudition orientaliste (Cf. notamment le dernier chapitre consacré à l’historiographie de l’islamologie)

– Un connaissance particulière de l’œuvre islamologique juive (particulièrement celle de… )

– Une parfaite maîtrise des nuances de la terminologie arabe classique et de leur traduction française. Nous irions même jusqu’à attribuer la qualité de polyglotte à l’auteur.

– Une connaissance approfondie des sources historiques de l’Islam (Al-Tâbari, pour l’histoire), (Al-Bûkhârî et Muslim pour le hadîth –Propos du Prophète-), (Les interminables sommes biographiques (kutub at-Tarâjim et kutub at-Tabaqât : Les Aghâni d’Al-Isfahânî -24 volumes-, les Ansâb al-Ashrâf d’al-Baldhûri –13 volumes-…)… En tout, s’agissant de ce que l’auteur a nommé « Sources arabes », l’index (sélectif?) fiat état de plus de cent références bibliographiques du même acabit.

– Un savoir encyclopédique, principalement versé en islamologie :  Près d’une centaine de pages ont été consacrés aux notes, renvois et références bibliographiques (nous avons dénombré pas moins de 1101 notes, et plusieurs centaines de références arabes et étrangères).

Or, ce profil est loin de correspondre à celui de Héla Ouardi, qui a consacré plus de » 17 ans, à l’étude de l’œuvre de Raymond Queneau, particulièrement réputé pour avoir introduit son patois natal dans son œuvre majeure : « Zazie dans le métro ». Elle n’aurait, de son propre aveu, consacré que 3 ans à la réalisation de cette somme historique.

Si bien que notre auteure présumée, et non moins désemparée, restait dans la majeure partie des cas sans voix face aux légitimes questions que soulevait une œuvre aussi monumentale, et, ce faisant, sujette à polémique que Les derniers jours de Muhammad.

L’occasion pour nous de nous expliquer sur le sens de notre démarche. En fait, nous ne nous situons point, ici, d’un point de vue moralisateur, ni même prétendument académique. L’impossibilité d’engager un véritable débat avec la présumée auteure est notre unique problème. Nous trouvons tout à fait regrettable qu’une œuvre aussi digne d’intérêt n’ait soulevé que des polémiques de second ordre : féminisme primaire, disputes entre partisans religieux et fans laïcs, persécutions en tous genres mises en avant par notre Jeanne d’Arc nationale. Ce faisant, l’hyper médiatisation de notre héroïne semble avoir totalement occulté le fait que c’est à la recherche de la vérité que l’auteur avait destiné son livre et non pas à un quelconque buzz ou autre scoop, assortis d’agréables albums photos de quelque starlette sur le retour.

Or, ces mêmes raisons nous poussent aujourd’hui à affirmer que sauf spectaculaire évolution de la situation, le dossier Héla Ouardi et ses écrits vraisemblablement putatifs est, pour votre serviteur, définitivement clos. Les personnes concernées en tireront, chacune selon son degré de responsabilité, les conséquences opportunes.

Nous sommes, certes, conscients que la démonstration du bien-fondé de notre hypothèse n’aurait été rendue possible que par l’identification de celui auquel le profil ci-dessus détaillé correspondrait le plus. Seulement pareille entreprise, pouvant porter ombrage au concerné, nous priverait des apports scientifiques et littéraires de ce grand islamologue.

A tout prendre, nous préférerions que notre propos reste entaché de suspicion plutôt que de livrer le nom de cet homme hors pair à la vindicte populaire. Pour peu que notre démarche mette un terme à ce regrettable imbroglio et nous estimerons avoir modestement contribué à l’engagement d’un réél débat contradictoire autour des épineuses questions évoquées avec autant de maestria par le véritable auteur du livre en question.

[1]  Cf. Les Semeurs, journal électronique, en date du 1er mai 2019.